Opium, Tonkin et mariages : mes sources

Plusieurs lecteurs me demandent quelle est la part de réalité dans les pages que je consacre aux trafics d'opium dans les années 1910, au Tonkin. Il y a bien sûr des éléments inventés mais c'est un thème sur lequel je me suis beaucoup documentée, notamment grâce à L'épopée des douaniers en Indochine de Dominique Niollet (1999, Kailash Editions).

Cela me donne l'occasion de vous dévoiler quelques-uns de mes secrets, gardés dans mon gros cahier rouge, qui a recueilli plus de 400 pages de documentation, tous sujets confondus.

doc Tonkin1blog.jpg, nov. 2019

On a tendance à sourire de ce qui est devenu un cliché, mais dans ces années 1910, les trafics d'opium et l'addiction d'une partie des officiers de Marine sont de réels problèmes de société. Je mets dans la bouche de Jules des formules qui ont été réellement prononcées et dont j'ai retrouvé la trace dans des articles de presse sur Gallica.

Ça ne m’étonne pas, dit Jules. Il en a même été question à l'Assemblée nationale. Tu te souviens de ce que disait notre colonel ? Nos provinces ne doivent pas être administrées du haut d’un lit de camp entre la fumée de deux pipes… On ne peut pas dire que la répression soit bien efficace. Il y a trop d’intérêts en jeu.

Chapitre 9, Volutes partent en fumée, extrait du Village des secrets

Pour comprendre, il faut remonter quelques années en arrière, quand l’Etat a pris le contrôle du marché de l’opium. Il espérait renflouer ses caisses grâce à ce monopole, il lui fallait de l’argent pour administrer le Tonkin. Jusque-là, le commerce de l’opium était aux mains d’organisations criminelles avec lesquelles l’administration française a passé des accords. Certains contrebandiers ont accepté de rentrer dans le rang, on les a appelé les soumissionnaires. Mais ces types-là nous ont vu venir ! Ils ont accepté le contrat tout en menant un double jeu : ils nous revendaient très cher des produits de qualité douteuse et gardaient la production de pavot de premier choix pour leurs anciens clients. La Régie perdait tellement d’argent qu’on a envoyé au Tonkin un inspecteur des Douanes dont la mission était de mettre le nez dans les affaires de ces soumissionnaires. En peu de temps, il a compris l’intérêt de leurs trafics mais, au lieu de défendre les intérêts de la Régie, il s’est allié au clan de contrebandiers le plus puissant et il a mis en place, avec eux, un réseau efficace qui lui permettait d’écouler en métropole des quantités importantes de l’opium le plus convoité, le chandoo indien. La demande était forte, il fallait fournir les fumeries et les maisons de plaisir. Aujourd’hui encore, tu peux t’en procurer facilement à Toulon !

Chapitre 8 Monnaie de singe, extrait du Village des secrets

J'ai aussi fait des recherches sur les mariages mixtes au Tonkin dans les années 1900-1910, en particulier pour construire le personnage de Marcel Peyron et de son épouse Thu Vân. L'idée de ce personnage m'a été fournie par la lecture du blog familial de Patrick Pallier. J'ai ensuite consulté les relevés des ANOM ANOMblog.jpg, nov. 2019

Mon cher Jules continue de vivre dans vos maisons, il ne se passe pas un jour sans que quelqu'un me parle de lui. Mes collègues le glissent sur leur table de chevet, ou l'emballent pour Noël. Certains le lisent en une nuit, d'autres lentement. J'écris des dédicaces. Merci encore à vous tous pour vos retours. Comment exprimer la joie que cela me procure ? Il y a de la vanité, il ne faut pas le nier, mais aussi la merveilleuse sensation que lui et moi, nous faisons une bonne équipe. Si Jules est devenu un personnage de roman, il est aussi un fantôme bienveillant avec lequel je partage une partie de mon ADN, une partie longtemps perdue et retrouvée.

librairie Coiffard Nantes Jacotte.jpg, nov. 2019 Jacotte l'a vu à Nantes, à la librairie Coiffard

Christine, rédactrice du blog Des pages et des îles, lui a consacré une chronique : Le Village des Secrets. Merci à elle !

J’ai aimé l’ambiance de la Provence avant la première guerre mondiale et plus particulièrement certains personnages comme Anna la photographe, femme libre, ou Hyacinthe l’instituteur mentor de Jules. Dans la fratrie de Jules, ses deux sœurs Marguerite et Othilie ont des caractères forts, indispensables pour résister à la méchanceté du père qui détestait ses filles. Toutes deux sont dépositaires d’un lourd secret. Horace, son ami d’enfance, joue un rôle important aussi dans cette histoire provençale. L’auteure a su maintenir l’intérêt du lecteur par une intrigue bien ficelée qui nous pousse à tourner rapidement les pages.