Sylvie Lassalle

samedi, novembre 9 2019

Mes personnages : Hyacinthe et Prunelle

Audrey, qui tient avec Laure un blog de chroniques littéraires très intéressant, Liseuse Hyperfertile, a consacré un billet à mon Village des secrets. Un passage de sa critique m'a touchée et m'a incitée à vous parler de Hyacinthe et Prunelle.

J’ai vraiment aimé la place que l’auteure donne aux femmes dans ce roman. Des femmes fortes, libres et, on peut le dire, en avance sur leur temps. Petit coup de cœur pour l’une d’entre elle en particulier, Prunelle, l’épouse de l’instituteur. Une scène du roman m’a particulièrement touchée également, lorsque Jules se rend sur la tombe de sa famille : les inscriptions sur le marbre, les dates et les prénoms qui se succèdent, tant de petites vies parties bien vite.

Hyacinthe et Prunelle sont un couple d'instituteurs avec tout le prestige de cette fonction en 1912. En faisant mes recherches généalogiques pour retrouver Jules, j'ai croisé beaucoup d'instituteurs, dont un qui venait d'Aubagne et aussitôt, j'ai pensé à Marcel Pagnol, et à ses souvenirs d'enfance. La gloire de mon père, Le château de ma mère, Le temps des secrets... Ces titres me rappellent des moments heureux de lecture alors que j'étais moi-même une enfant. Mon grand-père possédait tous les livres de Marcel Pagnol et dans mon souvenir, ils sont liés.
Hyacinthe est né de là, à la croisée des souvenirs de Marcel Pagnol et des miens. Quant à Prunelle, elle doit beaucoup à une de mes amies d'enfance, Moussy Le Forner. Elle est décédée alors que je commençais à écrire ce roman. J'ai donné à Prunelle la grâce qu'avait Moussy, son talent pour dessiner, ses gestes de fumeuse enveloppée de volutes de fumée, son goût pour les vêtements originaux. Comme Moussy l'a été, Prunelle est heureuse avec son mari. Ils sont inséparables et n'ont pas d'enfants. C'est aussi une femme de tête, qui réfléchit à la marche du monde, s'intéresse à la politique, mais avec plus de souplesse que son mari.
Merci Audrey d'avoir aimé Prunelle, un personnage très cher à mon cœur.

Mon roman continue à voyager. Yann l'a mis dans sa valise et voilà Le Village des secrets en vacances au Kenya !
Jules au Kenya.jpg, nov. 2019 Isabelle l'a acheté à la FNAC où il continue à se vendre gentiment puisque la personne à qui elle l'a demandé lui a annoncé qu'une nouvelle commande était prévue.

librairie La Sorbonne Nice .jpg, nov. 2019 A la librairie La Sorbonne, à Nice.

Je continue à recevoir des mails et des SMS qui me rendent très joyeuse et j'ai toujours l'immodestie de les copier ici.

J'ai passé un excellent week end avec ton livre. On s'immerge dans ce monde rural provençal comme on peut se retrouver dans l'Aveyron ou le Gers : petites tromperies, magouilles municipales et de terres, solidarités, pauvres femmes, socialisme et opportunisme... Maintenant que les personnages sont nôtres, j'attends le tome 2 ! Vive la lecture !

Dominique M.

Pour lire la chronique complète d'Audrey, c'est ici :Le Village des secrets

samedi, novembre 2 2019

Toussaint, cimetières et scènes de mon roman

Dans mon village de naissance, la tradition veut que l'on se rende au cimetière pour la Toussaint. Quelques jours avant, on va laver et préparer les tombes, on met des fleurs. On jette un œil sur les tombes des voisins et on ne manque pas de faire des réflexions sur la façon dont ils pratiquent l'art funéraire. Il ne s'agit pas de laisser pousser un palmier sur le corps des défunts, sous peine d'être taxé d'ingratitude. On garde le respect des ancêtres.

En ce jour, j'ai des souvenirs tendres de promenades avec ma mère dans les allées de ce cimetière. Nous allions saluer les morts de l'année, les aïeux inconnus. Nous passions avec plus ou moins de rapidité devant certaines tombes où reposaient des amours mortes que le pardon finissait par recouvrir... Je me suis beaucoup inspirée de ces moments pour écrire les scènes où Jules accompagne sa sœur Marguerite au cimetière. Derrière les croix et les stèles, il croise Anna et des inconnus qui contribueront à nouer mon intrigue.

C'est aussi au cimetière que se cache Jeanne, chassée par ses patrons parce qu'elle est enceinte. Elle n'a pour abri qu'une chapelle. Cette anecdote peut paraître morbide et cruelle, elle est pourtant réelle. Une personne de mon entourage s'est trouvée dans cette situation, au début des années 1980. Chassée par sa famille enceinte d'un homme dont ni son père ni ses frères ne voulaient entendre parler, elle a dormi plusieurs nuits dans un cimetière.

Quand j'ai cherché le nom que je donnerais à Jules, j'ai choisi Toussaint, sans réfléchir. J'aime ce nom, et il est très évocateur pour moi. En ce jour des morts, mes personnages sont plus vivants que jamais et je remercie mille fois mes lecteurs qui m'envoient de leurs nouvelles.

librairie Mollat Bordeaux.jpg, nov. 2019Laure l'a vu à la librairie Mollat de Bordeaux

Jules en hypermarché par Audrey hyperliseuse.jpg, nov. 2019 Audrey l'a croisé dans son hypermarché, où il n'était pas rangé dans le bon rayon !

Je reçois des mots doux de mes lecteurs. Ils me font tellement plaisir ! Il y a de la vanité à les recopier ici, mais j'assume.

Je suis archi fan, cela me confirme que je vais largement offrir ton livre à Noël, et que j'ai hâte de lire la suite...

mail de Martine L.

Voilà un roman comme je les aime ; des personnages attachants à l’image de Jules autour duquel tourne tout ce petit monde, des femmes qui ne sont pas des potiches et une intrigue qui vous mène par le bout du nez. J’ai pris un énorme plaisir à sa lecture qui m’a replongée dans le souvenir des sensations d’enfance quand je lisais du Giono, du Clavel ou encore du Pagnol (je parle bien de sensations, pas de style !) ; cette façon de décrire les décors, de vous y plonger direct ; pour un peu vous sentiriez les odeurs, la chaleur ou le froid !

Gilles Soubiran Le roman de Jules chronique parue dans Le fond du Galetas

dimanche, octobre 27 2019

Le roman du terroir comme cheval de Troie

Quand j'écrivais Le Village des secrets, on me demandait souvent : Tu vas le publier ? et je ne savais que répondre. Mon projet principal était de faire de mon mieux, et on verrait après...
Finalement, une fois le manuscrit terminé, j'ai eu envie de tenter ma chance auprès des éditeurs, mais je ne savais pas trop comment m'y prendre ni quelles maisons d'édition contacter. Une amie, qui écrit et dont le manuscrit avait été sélectionné dans un concours, m'a suggéré de suivre le chemin des romans du terroir.
Cela correspond bien au roman que j'ai écrit : il se passe au début du XXè siècle, à la campagne. Les personnages vivent dans un village qu'ils vont quitter pour explorer le monde et fuir tout ce qui pèse sur eux, à commencer par la misère.

Le roman du terroir est le cheval de Troie qui m'a permis d'entrer dans les rayonnages et les tables des libraires. C'est une aventure modeste mais qui m'apporte une grande joie.

Jules FNAC Wilson 251019.jpg, oct. 2019 Le Village des secrets sur la table des romans historiques, en bonne compagnie. Fnac Wilson, Toulouse, 26 octobre 2019.

Ce que je voulais, c'était ressusciter un monde perdu, sur le point d'être oublié. La bonne surprise, c'est qu'en parlant de mes ancêtres, j'ai parlé aussi des vôtres. Il faut croire qu'ils ne sont pas si différents. tweet FlozpourSL.png, oct. 2019 (FloZ, Twitter, 28 octobre 2019)

Mon roman voyage, il part en Espagne chez Pablo, en Corse chez Thierry. Béa, ma fille spirituelle le lit dans le Colorado sur sa liseuse... Il entre dans les maisons de mes amis, et dans les maisons de leurs amis, il part chez des inconnus, il vit sa vie. Je n'en reviens pas. livrevoyageur2.jpg, oct. 2019

Ici, aussi loin que remontait la mémoire de leur famille, la plupart des hommes travaillaient la terre pour le compte de propriétaires plus riches qu’eux. Ils n’imaginaient pas un autre destin. Le changement les inquiétait. Ils craignaient de perdre le peu qu’ils avaient, de se défaire de maîtres qu’ils connaissaient pour d’autres, peut-être pires. L’estime dont jouissait Hyacinthe, instituteur, généreux et dévoué à ses élèves, se heurtait à de subtils obstacles. Il n’était pas d’ici. Il venait de loin. Il était né à Aubagne. Pierre Marchelli, lui, connaissait les bonheurs et les chagrins de chaque famille, sur plusieurs générations.

Le Village des secrets, chapitre 29

lundi, octobre 21 2019

Tu l'as lu ?

Il y a deux semaines que mon premier roman a été publié, et je suis dans une phase très enthousiasmante. La plupart de mes proches l'ont acheté mais peu l'ont encore lu : je n'ai donc que des remarques positives et toute l'effervescence des commencements. Je savoure ce moment où tous les événements autour du roman de Jules (c'est le nom que je lui donnais avant sa publication) sont agréables et sympathiques.

Il est présent sur la table de quelques librairies toulousaines, notamment la célèbre et renommée Ombres Blanches. Je dois dire que quand je l'ai vu, c'était un moment parfait.

librairie OmbresBlanches 181019 - copie.jpeg, oct. 2019

La maison d'édition qui me publie a créé une fiche pour Le Village des secrets dans la collection Terre d'Histoires

Dans mon entourage, j'ai eu un retour encourageant de la première collègue qui l'a lu : Audrey D. a lu .jpg, oct. 2019

Autres sujets plaisants : Le village des secrets a eu l'honneur d'une chronique sur Les petits potins du bord de l'eau. Quelle joie de lire ces mots !

texte Charlottine.jpg, oct. 2019

Sur le blog de Sacrip'Anne il a été jugé À lire de toute urgence ! et Binchy en a aussi fait mention.

Est-ce que j'aurais écrit un roman si je n'avais pas été encouragée par mes chats ? Pas sûr ! Pour leur rendre hommage, une photo du magnifique Obi-wan, le chat de Sacrip'Anne.

obi.jpg, oct. 2019

dimanche, octobre 13 2019

Feuilleter avant d'acheter

Mes fidèles lecteurs continuent de m'envoyer des photos, merci à eux, c'est toujours un grand plaisir de voir Le village des secrets entre des mains amies.

PanneauTwitter3BLOG.jpg, oct. 2019

Voici une photo en situation dans les rayonnages de la librairie Massena d'Antibes. librairie Massena - copie.jpg, oct. 2019

À Toulouse, en revanche, il est difficile de mettre la main dessus. Si vous voulez le feuilleter, vous pouvez le faire ici :

Premières pages sur Amazon

Google Books

Et bien sûr via le site de mon éditeur, City dans sa collection Terre d'Histoires

Si vous préférez commander chez un libraire, c'est par là :
Les libraires.fr

Place des Libraires

Camille m'a envoyé ses impressions de lecture. Je suis émue que mon roman touche ceux qui le lisent, c'est un sentiment difficile à définir, un mélange de fierté, de bonheur, mais aussi la surprise d'être parvenue à faire passer ce que je voulais à travers mes mots.

Les mots peignent jusqu'à l'ombre des vies, par petites touches ; la liste des petites soeurs Toussaint sur la tombe, les prénoms que l'on redonne aux suivantes successivement, le poids des deuils qui nous courbent, le nombre de bûches dans la cheminée à égalité entre morts et vivants.

Mais surtout Jules, je me suis attachée à lui, ce petit bonhomme, la seconde partie du livre à propos des colonies, sa "lâcheté" quelles pages tu as écrites! bouleversantes, oui il y a de l'espoir, oui l'amour nous sauve, oui nous sommes faillibles et comment ne pas préférer la paix et le confort aux luttes que l'on sait désormais - l'histoire est écrite depuis trop longtemps - sans espoir.

Camille T.

mercredi, octobre 9 2019

Malheurs et bonheurs de publication

Publication J+8

Une fois que vous avez écrit un roman, vous vous demandez s'il sera un jour publié. Grâce à la facilité des nouvelles techniques, beaucoup d'auteur.e.s se tournent vers l'auto-publication, et j'ai pensé faire de même. J'ai cependant envoyé mon manuscrit à quelques éditeurs et là, bonne surprise, l'un d'eux a été intéressé.

Il s'agit de City Editions qui publie des ouvrages très divers. J'avais ciblé sa collection Terre d'Histoires, consacrée aux romans historiques et romans de terroir.
Le contrat a été signé en avril 2019 et dès lors, j'ai suivi la vie publique des ouvrages publiés dans cette collection. Je me suis réjouie de les voir en jolie pile à la FNAC et sur tout un pan de mur à l'espace culturel du Leclerc Blagnac. Avec un peu de fierté, je m'imaginais le moment où je découvrirais la pile à mon nom. Je me voyais déjà faire un selfie et l'envoyer à tous mes proches.
C'est moi qui l'ai fait !

tablefnac170419.JPG, oct. 2019 photo prise à la FNAC Wilson le 17 avril 2019

Or, dès le premier jour de publication, il y a maintenant une semaine, mes proches se sont plaint : On ne trouve pas ton roman ! Il n'y en avait que trois à la Fnac Wilson et ils ont été vendus tout de suite... En attendant le réassort, je suis allée au Leclerc, sûre de moi... C'est donc avec un grand dépit que je vous annonce que l'espace culturel Leclerc a fermé son rayon "romans du terroir". À Roques, il survit sur une minuscule étagère où ne restent que les noms les plus célèbres. Inutile de vous dire que le mien n'y est pas.
Quelle déception ! Voilà qui confirme bien le proverbe Il ne faut pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué.

Je compte donc sur mes fidèles lecteurs pour faire connaître mon Village des Secrets. Si vous le voyez en rayon, prenez une photo collector.

  • Mise à jour du 10 octobre: mon roman est actuellement en rayon à la librairie Ombres Blanches à Toulouse !

Heureusement, les copines, elles, sont enthousiastes, comme Valérie de Haute-Savoie qui m'a fait un beau billet sur son blog... Quel bonheur que mon livre soit lu et apprécié !

Avis ValérieBlog.png, oct. 2019

dimanche, octobre 6 2019

Mes personnages : Anna

Anna est le premier personnage de fiction que j'ai inventé de toutes pièces.

L'idée de mettre en scène une photographe me vient de plusieurs sources : mon ami Franck Paul et ses divines photos sur Open Eyes, le photographe de mon village de naissance, Pierre Delinière, Georges Ancely, qui a donné son nom à la cité dans laquelle je vis, et enfin Jessie Tabox Beals. J'avais lu un article sur elle via Twitter, et elle m'avait inspirée.

Quand je faisais mes recherches généalogiques, j'étais frappée par le destin des femmes et Anna est venue en contrepoint, pour aider par sa présence toutes celles qui subissent, souffrent et ploient sous le fardeau.
Elle se bat, elle va de l'avant.
Elle a la chance d'être recueillie par de braves gens, et c'est une chose importante dans ce début de XXè, la circulation des enfants. Un thème cher à mon cœur.
Il y a des hommes qui abandonnent les enfants qu'ils ont engendrés et d'autres qui accueillent des enfants qui ne sont pas les leurs. Choisis ton camp, camarade.

Anna est mon double, elle dit ce que je pense. Elle est un peu boiteuse, mais ça ne l'empêche pas de se promener. Elle perd les gens qu'elle aime, mais pas le lien d'amour qui les a unis. Elle voyage entre les mondes, elle peut aimer un peintre et un adjudant en retraite. Elle est capable de renoncer à une quête qui ne la mènera à rien.

Elle a pris de plus en plus d'importance au fil des versions que j'écrivais. Elle fait partie des personnages qui naissent à l'insu des auteurs, comme les enfants inattendus, qui prennent ensuite la première place dans la famille.

Jessie_Tarbox_Beals_with_camera_Schlesinger_Library.jpg, oct. 2019 Jessie Tabox Beals, source Wikipedia

samedi, octobre 5 2019

Lorsque "Le Village des secrets" paraît…

Lorsque Le Village des secrets paraît, je suis en voyage scolaire au pays basque, à Bilbao et nous visitons le musée Guggenheim.
Je suis bien sûr assez excitée dès le matin, et toute la journée je consulte mon téléphone ! En fait, mon roman n'est pas sur tous les points de vente annoncés et je reçois des demandes des copains et copines : "Il est où l'roman, il est où ?"
Heureusement, les plus prévoyants avaient précommandé à la FNAC ce qui leur a permis de m'envoyer des tweets ou des clichés Instagram, et ça m'a fait vraiment plaisir et ça m'a permis de constater la fidélité de tous les ami.e.s de mon ancien blog.

Panneau Twitter2ABLOG.jpg, oct. 2019

panneau Twitter2blog.jpg, oct. 2019

Maintenant, il faut attendre que mes lecteurs et des inconnus le lisent et me donnent leur avis. Ici commence une nouvelle aventure...

Sylvie2octobre.JPG, oct. 2019 Cette photo a été prise par mon élève Lola, de 4èB, je lui ai promis de la mentionner. L'appareil photographique est l'Iphone7+ en mode portrait (avec le filtre qui rend tout le monde plus joli)

samedi, septembre 28 2019

Premiers exemplaires

Mon roman sort le 2 octobre ! Pour le moment, je savoure cette nouvelle... JulesetmoiJPG.JPG, sept. 2019

Résumé de l'éditeur :
Après de longues années passées dans l’armée coloniale, Jules revient en 1912 dans son village provençal. Parti brusquement pour fuir une enfance misérable, ce fils de paysan réapparaît auréolé de ses galons d’adjudant. Son avenir semble tout tracé : renouer avec une vie campagnarde simple et se marier.

Il se lie d’amitié avec Anna, une jeune photographe qui vient de la ville. La jeune femme s’est installée au village pour découvrir l’identité de son père et en apprendre davantage sur sa mère disparue.

Alors que Jules aide la jeune femme à trouver des réponses, il est rattrapé par son propre passé dans les colonies. Entre trafics d’opium, usurpation d’identité, secrets et mensonges, Jules et Anna ne pourront compter que sur eux-mêmes pour percer les mystères du village et conquérir leur liberté.

Édité par City Editions, collection Terre d'Histoires, distribué par Hachette, en vente partout, par exemple à la Fnac

vendredi, septembre 27 2019

Du fondu au noir au "Village des Secrets"

L'aventure de ce roman a commencé, comme toutes les entreprises d'écriture, par un mystère. Quelle part ont, dans notre vie, nos ancêtres ? Pèsent-ils sur nous de leur poids d'amour, ou nous transmettent-ils leurs haines, leurs douleurs ?

Dès l'enfance, je me sentais hantée par ces questions, d'autant plus qu'il y avait beaucoup de sujets dont on ne devait pas parler. Et bien sûr, ces sujets-là me paraissaient les plus intéressants...

Pendant longtemps, la plupart de mes ancêtres se sont fondus dans le noir de mon ignorance. Qui étaient-ils ? Où avaient-ils vécu ? J'avais entrepris quelques recherches, vite abandonnées, et puis la vie a passé. Il y avait plus urgent à faire.

Un jour du mois de mai 2015, j'ai tapé un nom dans le moteur de recherche de mon ordinateur. Je ne sais pas pourquoi, ce jour-là, une porte s'est ouverte. Dans les contes, une fois que le personnage trouve la formule magique, Sésame, ouvre-toi, le mur laisse apparaître une porte cachée. J'ai pénétré dans le couloir sombre jusqu'à la salle des archives.

Je ne suis plus jamais revenue en arrière. Peut-être même que je me suis mise à croire aux fantômes.

C'est ainsi que tout a commencé. Par le nom du village. Mais je ne vous le dirai pas. Il restera "Le village des secrets". Les fantômes ont le droit de dormir en paix.

Village - copie.jpg, sept. 2019

jeudi, septembre 26 2019

Trois choses que je savais sur Jules

Avant que Jules ne devienne le personnage principal de mon roman, je savais très peu de choses sur lui, et l'une était fausse.

Il était douanier.
Il était tout petit et tout noir de peau.
Quand j'étais jeune, il me paraissait tellement vieux !

Je ne connaissais pas son prénom.

J'avais écrit quelques notes sur lui en 2004 pour un petit feuilleton que je publiais sur mon blog, Le café des platanes. Mais maman m'a-t-elle vraiment dit cela ou l'ai-je inventé ?

Les chambres, au-dessus du Café des Platanes, servaient maintenant d'asile à une population hétéroclite qu'on appelait les réfugiés. Madame ... était une grande femme maigre d'une quarantaine d'années, à l'allure austère, toujours vêtue de noir, qui formait avec son rondouillard petit mari au crâne dégarni et aux lunettes rondes un couple peu assorti.

Écrire un roman, c'est parfois s'éloigner tellement de la réalité qu'on ne sait plus où elle finit et où commence la fiction.

Je n'ai pas de photo de Jules et sans doute n'en aurai-je jamais, alors je fais défiler toutes les images qui m'ont inspirée, le diaporama de ma tête...

Jules.jpg, sept. 2019

Jules : la fiche matricule

Avant même de découvrir le petit François dans la salle des archives, j'ai appris que Jules avait été militaire de carrière pendant quinze ans, en lisant sa fiche matricule, publiée en ligne.
J'en suis tombée à la renverse, parce qu'on m'avait toujours dit qu'il était douanier. Ma perplexité était grande. Pendant assez longtemps, j'ai pensé que je me trompais, que ce Jules-là n'était pas le bon. J'avais davantage de loyauté envers la mémoire de ma mère et de mon oncle Jeannot qu'envers ce que je voyais écrit noir sur blanc.

Finalement, j'ai dû me rendre à la raison. Ce Jules était bien celui que je cherchais. J'ai alors essayé de comprendre son parcours en déchiffrant cette fiche... Le monde militaire m'est inconnu. Chaque abréviation était une énigme. Heureusement, de nombreux sites et forums permettent d'apprendre, de se former à ce monde régi par ses règles et son langage.
Jules avait été affecté au Corps Disciplinaire des Colonies, à partir de 1901. J'ai vite compris que ce n'était pas une affectation glorieuse. Un autre fil narratif du Village des Secrets est venu de là.

Quelques dizaines de gradés surveillaient ces réprouvés reconnaissables à leur uniforme bleu, à leur crâne tondu et à leur visage glabre. On leur interdisait de porter la moustache et on les employait à des besognes de pacification, du Tonkin, au Soudan en leur faisant miroiter la promesse d’une réintégration. Jules leur devait ses galons de sergent. Entassés dans des chambrées insalubres, mal nourris, traités durement, les disciplinaires subissaient un quotidien de brimades. On trouvait parmi eux de pauvres hères que la misère et une succession de malheurs avaient conduits là, mais aussi des caïds tatoués dont les biceps criaient Mort aux vaches tandis que leur bas-ventre promettait un Robinet d’amour. De vraies brutes faisaient régner la terreur et réduisaient en esclavage les plus faibles. Rien n’apaisait leur rage, ni le mitard, ni la crapaudine qui les laissait pieds et poings liés dans le dos, ni les poucettes qui leur enserraient les doigts jusqu’au sang.

Le Village des Secrets, chapitre 21, Entre les murs.

julesmatricule.jpg, sept. 2019

La salle des archives (François, 1)

Hier, j'ai envoyé un exemplaire du Village des secrets aux Archives du Var. J'ai tourné tant de pages de leur site sur mon écran. J'ai pleuré, j'ai ri, j'ai pris des centaines de pages de notes. Et mon roman est né de là.

Au départ, il y a ce petit garçon, François T. qui meurt à l'âge de quatre mois, dans le village des secrets, en 18... Je prends cette information en compte dans la base de données que j'ai créée, car à ce moment-là je recherche Jules. Le petit garçon porte le même nom que lui. Ils sont peut-être parents.
Plus tard, alors que j'ai retrouvé Jules et que je cherche à connaître la date de son mariage, je trouve dans la salle des archives le mariage de François T.
Mais François T. est mort vingt-cinq ans plus tôt.
Qui d'autre que moi le sait en 2015 ?
L'histoire commence ce jour-là. Je décide d'écrire un roman.
En faire tout un roman.

François.jpg, sept. 2019

La salle des archives (François, 2)

Ce petit François, mort à quatre mois, dont quelqu'un a pris l'identité, me pousse à d'autres recherches généalogiques.
C'est un enfant né de père inconnu, en 1868. Sa mère est ménagère. Il a une sœur aînée de dix-sept ans, et un frère de quinze ans. Cette famille m'intrigue. Elle est liée à Jules.
Je poursuis mes recherches. Ce qui en sort, c'est la misère et le malheur des femmes. Prises, abandonnées, utilisées, mortes en couches. Elles vivent dans des villages reculées, elles travaillent dur. Les hommes font la loi. Elles mettent au monde des enfants. Peu survivent. Les enfants qui naissent portent le nom de leurs aînés morts avant eux, en une litanie funèbre.

Je pousse Jules de côté pour leur faire de la place dans mon roman.
Elles deviennent Marguerite, Othilie, Jeanne, Félicité et Bertille.

Ce ne sont pas les arbres généalogiques qui m'intéressent. Certains se vantent de descendre des Carolingiens ou de la branche de Savoie, ce n'est pas mon cas. Mais retrouver la vie de mes ancêtres paysannes ou domestiques est émouvant. Je me sens solidaire de ces femmes. Je mesure ma chance d'être née en 1961 et non en 1829, comme Marie-Dominique, la mère du petit François.

François2.jpg, sept. 2019

mercredi, septembre 25 2019

Angelin, le cousin de Jules

Dans la famille de Jules, où que je tourne le regard, il y a des mystères.
Le mariage de ses parents : sa mère apparaît sous plusieurs identités, seul son prénom demeure. Julie. Son père, au contraire, n'a parfois pas de nom, et on ne trouve que son prénom. François.
En remontant dans les archives du passé, je découvre que François est en enfant illégitime alors que Julie est la dernière fille d'une bonne famille de paysans locaux.
Cela enflamme mon imagination : se pourrait-il que la famille de Julie ait mis des bâtons dans les roues du jeune couple ?

Quoi qu'il en soit, Jules va suivre le parcours de son cousin Ange, que j'appelle Angelin dans mon roman. Cet Ange-là laisse pas mal de traces sur son passage : militaire de carrière, il obtient la Légion d'honneur, et semble très bien se débrouiller. Jules est dans son ombre. Ange est son aîné de cinq ans, Jules semble lui succéder dans ses affectations, en particulier dans ce fameux Corps Disciplinaire des Colonies. Contrairement à Ange, Jules n'y reste pas longtemps. Peut-être a-t-il le cuir moins tanné ? Mais à la fin de leur engagement, le recensement de Toulon m'apprend qu'ils vivent tous dans le même quartier, autour de la place du Colonel Bonnier.
Quand je vais y traîner mes guêtres, en 2017, j'ai l'impression que le passé et le présent ne font qu'un.

blogBonnierdefinitif.jpg, sept. 2019 Place du Colonel Bonnier, Toulon, jeudi 27 juillet 2017

Camille

J'ai eu assez vite l'idée de faire rentrer Jules dans son village pour qu'il s'y marie.
Cela correspond à la réalité, telle que les documents en ligne l'attestent.

C'est un mariage tardif. Lui a plus de quarante ans, elle en a quinze de moins. Leur union vient après la saignée de 14-18. Leur fille aînée naît très vite. Ils veulent fonder une famille, que la vie l'emporte sur la mort.
Je sais pas mal de choses sur son épouse, mais quand j'écris le roman, ce personnage ne fonctionne pas du tout. J'écris, je réécris, je cherche à cerner C. Finalement, je change son prénom. Je l'appelle Camille. C'est un peu mieux, mais les scènes avec elle sont toujours compliquées. Je travaille beaucoup ce personnage.

Quand l'idée d'Anna apparaît, je ne sais pas comment, je me sens libérée. La véritable C. s'éloigne. C'est un soulagement.

C’est en allant bader autour du caveau (...) que j’ai rencontré pour la première et seule fois ma grand-mère C, toute de noir vêtue, auréolée de cheveux blancs. J’ai reconnu mes yeux noirs dans les siens, nous sommes restées plantées dans un face à face éternel de quelques secondes.

Vie Commune, 16 juillet 2006, Le Café des Platanes

Camille.jpg, sept. 2019

Les lieux

Les premières personnes qui ont eu lu le manuscrit m'ont posé des questions sur les lieux.

Où ça se passe exactement ?
Est-ce que Vescaut existe ?
Oh, mais je croyais que ça se passait en ...
J'ai cherché sur une carte et je ne vois pas où ça peut être.
J'ai reconnu les lieux, c'est exactement là où je vais chaque année en vacances...

Mon roman embarque des lieux clandestins.

Pour le reste, ce que je voulais évoquer, c'était un village, mais pas forcément le mien. Dans un village, tout le monde se connaît. Il y a à la fois de la solidarité, des jalousies, des enthousiasmes, une énergie pour faire des activités ensemble. Chasser. Créer des équipes sportives. Un club de théâtre. Une bibliothèque. Mais on sait aussi qui sont vos parents, vos grands-parents, vos alliés et vos ennemis. On se souvient d'où vous venez pendant plusieurs générations.

Il faut quitter son village avant qu'il ne vous étouffe.

Sur mon cahier rouge, pendant que j'écrivais mon roman, j'avais fait le plan de Vescaut. leplandeVescaut.JPG, sept. 2019